Sauvez la forêt de Fontainebleau
« On aura à coup sûr plus de pertes d’arbres dues aux canicules à répétition et à la sécheresse que les incendies » confie un cadre de l’ONF. De mes balades récentes, en bord de route ou en cheminant dans les sous-bois, j’ai été bouleversé par la souffrance de cette forêt. Les pauvres hêtres brûlés au soleil ont été comme statufiés. Les charmes et les châtaigniers aussi. Les plâtrières, les chaos rocheux et leurs bruyères sont grillés par le soleil. Depuis quelques averses ont soulagé un peu le sol. Mais si peu. Alors que beaucoup se sont disputés pour savoir s’il fallait rouvrir la forêt, ont évoqué un liberticide qui n’en n’était pas un, dès la réouverture, les habitudes ont repris, comme avant.

Le premier jour, je suis tombé sur des vététistes qui dévalaient d’une pente rocheuse, hors sentier. On a vu des grimpeurs espagnols qui fumaient au Mont Ussy. J’ai vu au parking de la Solle, un occupant de van, laisser ses bouteilles de bières sur le sol, à quelques mètres de la RBI de la Solle. Non, non rien ne changera. Pendant que ceux qui gouvernent le monde, dirigeants et industriels de la chimie et du pétrole achèvent le plan de destruction de la planète. Cet été, les arbres de la forêt de Fontainebleau ont arrêté leur photosynthèse, leur rôle de climatiseur. Plus d’évapotranspiration ! Les êtres humains étouffaient. Toute baignade était interdite. Toute promenade en forêt était interdite. Mais quand la situation redevient entre guillemets normale et comme après le Covid, beaucoup retournent à leur individualisme forcené. Que s’est-il passé pour en arriver là. Le 9 juillet, un incendie se déclare aux Gorges d’Apremont. Un barbecue sauvage en serait l’origine. Deux jours plus tard, la catastrophe arrive. Des travaux le long de l’A6 et l’utilisation d’une disqueuse provoquent l’incendie des Trois Pignons. Même si un autre feu volontaire a aussi été provoqué à quelques kilomètres, sur les secteurs d’Arbonne, par un jeune pompier volontaire. Le lendemain, au moment ou beaucoup de chevaux des centres équestres situés en lisière des 3 Pignons ont été évacués dans les boxes du stade équestre du Grand Parquet, deux nouveaux incendies volontaires ont lieu, notamment derrière le stade de la Faisanderie, à hauteur du Parcours de santé et non loin du golf. Dans ces conditions dramatiques, les responsables de la sécurité civile, préfecture et pompiers vont privilégier le sauvetage des biens et des personnes. Personne ne peut contester cette décision. Mais pendant que les forces principales luttaient pour sauvegarder les villages, le feu galopait et détruisait de grands monuments de la biodiversité.
Pour la partie sud : les Réserves biologiques des Couleuvreux, les Béorlots. Pour la partie nord, la Réserve Biologique du rocher de la Combe a été détruite à 92%, dont une partie de feuillus avec des arbres pluri centenaires et des paysages magnifiques. La Gorge aux Merisiers avec ses chênes pédonculés a été détruite à 70%. En tout 2200 hectares sacrifiés sur l’autel de la folie humaine. Mais face à ces incendies, les problèmes de la sécheresse persistante et de la gestion du massif doivent être examinés plus en profondeur. D’abord l’enrésinement. C’est-à-dire lesplantations ou la colonisation naturelle du pin depuis le début du 19ème siècle. Bien sûr, au moyen âge, la forêt de Bière (nom ancien) était constituée essentiellement de landes, plâtrières et chaos rocheux désert. « Les chers déserts » tant vantés par St Louis quand il venait chasser à Fontainebleau. On comptait environ 7000 hectares boisés au milieu de ce désert relatif. A partir du 17ème siècle, onplante du pin à Fontainebleau. Mais c’est surtout dans la période 1830-1850 que les aménageurs passent à la vitesse supérieure. Avec 6000 hectares plantés en résineux. En plaine, mais aussi dans les chaos rocheux. C’est cette situation que vont découvrir les peintres de Barbizon, en même temps que les coupes dans les grandes futaies. Depuis, dans la période 1970-2000, on a continué à planter du pin. A l’époque, les scientifiques et les naturalistes vont d’ailleurs monter au créneau, alors que l’ONF annonce la très forte diminution des réserves biologiques, au nom du vieillissement du massif. Notamment dans les zones en échec de replantation de feuillus après des coupes rases. Dans les années 90, les associations parlent de quelques 600 parcelles sur 800, touchées par un enrésinement. Les violents incendies ont souligné ce que beaucoup ne voulaient pas voir : l’extrême fragilité de ce massif.
Comment une forêt se dessèche-t-elle ? Et bien tout simplement par l’accumulation de canicules et de sécheresse, qui en plus stoppe l’effet d’évapotranspiration. La forêt ne joue plus son rôle de climatiseur. Regardons les faits. En mai, le mois est pluvieux jusqu’au 18. Et cela permet d’aboutir à un cumul de 74,7 mm dans le mois. Coup de chaud !! Mais on passe le 19 mai de 17 degrés le jour à 34,7 le 30 mai. En Juin on cumule seulement 21,2 mm de pluie. Puis du 16 au 30 juin les températures ne baissent pas en dessous de 30 degrés et le 24 juin, il fait 40,8 degrés. En juillet, on relève seulement 5,4 mm de pluie. Et du 3 juillet au 18 juillet il fait plus de 30 degrés et le 29 juillet quasi 39 degrés. En août on remonte à 56,2 mm avec deux orages les 26 et 27 août. Mais les 13 et 14 août on enregistre plus de 39 degrés. À ce 18 septembre, il n’est tombé que 4,8 mm. Et on prévoit encore de la chaleur en fin de mois. C’est donc une interminable sécheresse. Mais tant que de l’eau coule au robinet, ce n’est pas grave non ? L’année dernière, en 2025, entre mai et septembre, on avait un cumul du double avec 336, 7 mm d’eau. A noter, pour faire la comparaison avec les saisons plus pluvieuses, qu’en 2024, on avait enregistré un total de 455,7 mm pour la même période. Je vous laisse la conclusion. Autre phénomène et répétitif que l’on a observé, notamment entre chaque canicule, la plupart des orages annoncés sur le massif, partaient tout à coup à l’est et à l’ouest, évitant le massif. On ne peut l’expliquer seulement avec un blocage anticyclonique général. On a bien observé, sur les cartes météo, tout l’été, de rares orages arriver et se séparer en deux, sans même toucher le massif. Est-ce qu’un dessèchement généralisé de la forêt de Fontainebleau pourrait l’expliquer avec une évapotranspiration accrue, avant un arrêt brutal du même cycle d’évapotranspiration. Moins d’humidité dans les sols et les sous-sols peuvent conduire à cette situation. Moins de vapeur d’eau disponible peut entraîner une réduction dans la formation de nuages. Les incendies ont sûrement accentué tous ces indices.
Alors comment répondre à ces enjeux, surtout si la situation persiste, voire s’aggrave en 2027, 2028…Peu de gens savent qu’avant la seconde guerre mondiale, dans le cadre des plantations effectuées en forêt de Fontainebleau, les forestiers allaient arroser les plants. Je vous laisse imaginer l’état des 30 000 plants qui ont été mis en place pendant l’hiver 2025-2026. Seuls le chêne tauzin et le chêne pubescent semblent sortir leur épingle du jeu. Oui le sol de Fontainebleau est connu pour son sol sableux drainant et donc sec. L’Office des forêts a pu analyser l’état du sous-sol, grâce à l’installation d’une station de mesure hydrique, en février dernier. Il a été mesuré que le sol, entre 20 et 40 cm de profondeur, avait subi les effets de la canicule et de la sécheresse, malgré que cette dernière soit implantée dans une zone de feuillus et dans une zone réputée plus humide, près de Bois-Le-Roi. Des températures de plus de 20 degrés ont été enregistrées à ce niveau. Et jusqu’à 16 degrés, à 2 mètres de profondeur, à la mi-août. Ce qui est déjà énorme. Seule nouvelle rassurante, les arbres, aux racines pivotantes profondes (racine principale, qui descendent à plusieurs mètres), pouvaient encore, cet été, aller chercher de l’humidité, notamment dans les couches d’argiles. Mais jusqu’à quand ? Effectivement, les dégâts les plus importants: dessèchement des houppiers ont été constatés sur les hêtres, les charmes, les châtaigniers et les pins. D’où l’intérêt de conserver un maximum de chênes dans le massif et d’en replanter. Mais les problèmes de repousse du chêne sont beaucoup plus vastes. Nous l’évoquerons dans une autre publication. En conclusion. Notre association réclame toujours un plan d’urgence qui prendra en compte bien sur la restauration des zones incendiées, une conservation absolue des écosystèmes, une limitation des résineux, des moyens très accrus en surveillance du massif pour 2027, des moyens supplémentaires pour les plantations annuelles, une forêt sombre et étagées et non clairsemée. On sait déjà que la facture actuelle dépassera les 10 millions d’euros, juste pour la restauration des zones incendiées. Alors au-delà, nous l’avons dit et répété, c’est plusieurs dizaines de millions d’euros qui sont nécessaires. Un autre paradigme pour essayer de sauver la forêt de Fontainebleau. La population de l’agglomération de Fontainebleau et des environs doit se mobiliser pour réclamer ce plan d’urgence. Car sinon, le massif s’écroulera, faute de soins intensifs.
Pascal Villebeuf
pdt de Sauvez la forêt de Fontainebleau
Vice-pdt de la fédération de défense des forêts d’Ile de France
sauvezlaforetdefontainebleau2022@yahoo.com