Sauvez la forêt de Fontainebleau
L’avenir de l’escalade en forêt de Fontainebleau ! C’est un dossier brûlant, très brûlant qu’il va falloir aborder avec la plus grande rigueur, en privilégiant d’abord la protection des sites et de la nature, avant de penser à la simple consommation d’un patrimoine unique. Car aucune règle n’a été fixée pour leur protection. D’où une forte dégradation des principaux sites, sans parler des sentes sauvages qui se multiplient. Notre association demande qu’un encadrement soit proposé, pour réglementer l’usage des sites d’escalade. Pourquoi en parler plus maintenant ? Voilà quelques semaines que le sujet a été débattu. Notre association a soulevé le problème de la surfréquentation de ces sites sur France Inter, dès le 3 mai dernier. Puis dans Le Parisien Magazine et le Monde. C’était avant les incendies. Oui l’escalade génère une économie. Et nous y sommes favorable. Mais pas à n’importe quel prix !
La défense du patrimoine naturel en France n’est apparemment pas la priorité de nos dirigeants, en général. Pourtant en 2024, un sondage effectué par l’office français de la biodiversité indiquait que 82% des français estimait que les milieux naturels devaient être impérativement protégés en France et 67% quand cela concerne des milieux locaux. On parle beaucoup des coupes d’arbres, de trop de chasses entre octobre et mars. On parle beaucoup en ce moment de la protection des animaux, notamment après les graves incendies de Fontainebleau. Et c’est entièrement justifié.
Mais la protection des paysages et des chaos rocheux, beaucoup moins, voire pas du tout. Et pourtant, cette protection est garante de la biodiversité et donc des espèces de la faune par exemple. Certains, comme les cadres des Amis de la Forêt ne semblent penser qu’à la protection des sentiers balisés, qui sont régulièrement malmenés.. Et pourtant, cette association qui hisse toujours très haut son ancienneté et sa défense de la forêt (voir ses statuts) a baissé les bras, pour ne pas dire plus, pour abandonner 220 kms de sentiers bleus sur 300, sur l’autel de la pratique du VTT Trail. Alors même que des pistes trails ont été justement créées, pour les aficionados des pistes à sensation. On y reviendra en profondeur sur ce sujet que nous jugeons avec sévérité.
Le COSIROC (Comité de défense des sites et rochers d’escalade), est sensé protéger ces sites. Beaucoup de grimpeurs veulent que cette association reprennent le leadership de cette protection. Pourquoi pas. Parce que ce mardi 18 août prochain, une réunion est organisée en mairie de Fontainebleau, avec l’Office National des Forêts. But : commencer à répondre aux attentes de quelques associations de grimpeurs. Quelques seulement. Car l’effectif global des grimpeurs de Fontainebleau, notamment ceux que l’on surnomme les Bleausards, sont divisés en plusieurs sous-groupes. Nous nous sommes adressés aux plus ouverts, comme Fanatic Climbing et son président Pierre Délas. Une association qui se fait de plus en plus connaître par l’organisation répétée de séances de nettoyage de blocs, dans différents sites. Nous avons eu le plaisir d’assister à une telle opération, au rocher Canon en 2025. Nous avons également eu des discussions approfondies avec Guillaume du club Blocage d’Arbonne, à propos d’une grande campagne d’information à venir sur les bonnes pratiques, notamment en direction des grimpeurs venus de l’étranger, qui sont majoritaires, à la belle saison. Car l’image dégradée des sites de blocs doit parvenir partout dans le monde des grimpeurs. Vraiment, cette situation ne peut pas durer. Fontainebleau qui est l’équivalent d’un parc national, n’est pas une salle géante d’escalade., où l’on pourrait nettoyer les prises au jet haute pression et passer un coup d’aspirateur au sol. C’EST UN MILIEU NATUREL UNIQUE, QUI N’EST PAS REMPLAÇABLE OU INTERCHANGEABLE COMME DES PRISES EN SALLE INDOOR ! Oui nous savons que beaucoup essaye de grimper avec éthique. Mais ce n’est pas la majorité, loin de là.
En accompagnant des journalistes sur les sites d’escalade, en mai dernier, nous avons constaté, devant témoins donc, que les bases du respect des blocs et de leur environnement n’étaient pas appliquées. Crashpads trainés au sol, aucun paillasson, très peu de brosses visibles…Mais en revanche un gros sac de magnésie oui. On ne parle pas de celle appliquée directement sur les blocs, du sol au plafond. Alors puisque l’on parle de cette poudre blanche, utilisée comme une drogue. Peut-on se passer de la magnésie ? Doit-on l’interdire, la réglementer? C’est un sujet plus que tabou. Amusant, s’il fallait en rire, pour donner deux exemples de désinformation concernant l’escalade à Fontainebleau. Le site mammut.com indique que « la magnésie est interdite à Fontainebleau ». Escalade.france souligne qu’à Fontainebleau, la magnésie est limitée par une charte!!! Ben non, pas du tout. Sur le site de la Fédération de Montagne et d’escalade (FFME), on peut lire : « Au fil des ans, la magnésie s’est imposée comme un incontournable parmi les grimpeurs et les grimpeuses pour améliorer la préhension en réduisant la transpiration des mains. »
« Son usage excessif, cependant, soulève des préoccupations sanitaires et environnementales. En outre, son accumulation sur les prises peut provoquer l’inverse de l’effet recherché, à savoir altérer l’adhérence en extérieur, contribuer à dégrader le rocher. » Comme quoi, un organisme officiel reconnaît que l’escalade en masse, ce n’est pas durable !!!
Alors la question principale qui se pose : doit-on sacrifier des sites classés sur l’autel de la consommation des sports et loisirs et de l’économie touristique à tout prix ? Dans nos conversations avec de nombreux Bleausards, nous sentons cette prise de conscience, «qu’une nouvelle page doit se tourner ». Mais la tentation pourrait être grande, involontairement, de finalement souhaiter un changement, mais sans que celui-ci devienne effectif. Pourquoi ? Parce que la grimpe est avant tout un sport individuel, ou la performance est souvent mise en avant, au détriment de la nature. Où le post Instagram passe bien devant la sensibilité écologique. Certains grimpeurs, sûrement avec sincérité, clâment leur amour de cette forêt, brandissent la culture et la tradition de l’escalade, se désespèrent. Mais même si les mots sont beaux, ils travestissent la vérité. Et pas seulement pour l’escalade. Ces incendies ravageurs doivent constituer une remise en question complète de comment on aborde cette forêt et sa protection dans son ensemble !! ON NE PEUT SE RÉSOUDRE A SACRIFIER DES SITES, TOUT SIMPLEMENT PARCE QU’IL FAUDRAIT SATISFAIRE UNE DEMANDE TOUJOURS GRANDISSANTE.
D’où notre demande, dès le 11 juillet, de lancer un plan d’urgence pour le massif de Fontainebleau. Ce n’est pas un ou deux millions d’euros qu’il faut mais des dizaines de millions !!! On ne doit pas faire du rafistolage. On doit aborder le massif comme un Conservatoire de la Forêt. Certaine dernières tribunes (grimper magazine) parlent de « tentation liberticide ». Mais n’est ce pas plutôt un problème de société qui dérive dans tous les sens, de décrépitude de la citoyenneté, de règne de l’ultra moderne consommation des espaces. Le « liberticide » ne serait-il pas la conséquence d’une volonté sans fin d’une liberté individuelle débridée, plutôt qu’un mouvement collectif de protection de la nature. Ne viendrait-il pas d’une plongée dans les abîmes de la non démocratie et du recul à avoir sur l’avenir, face à l’aveuglement de nos dirigeants. Oui c’est vrai, la dernière liberté pourrait être de profiter de la nature, pour soigner son éco-anxiété. Pour s’aveugler en plongeant dans le vert qui agonise. Mais en baissant la tête. En ne voulant rien voir de la vérité globale. Est-ce que l’on protège cette forêt de Fontainebleau en péril, même hors dossier escalade ? Les faits sont historiques. Le combat écologique qui a démarré par la tribune de Georges Sand en 1872, les éco-guerriers, les tentatives de créer un Parc National à Fontainebleau, n’auront donc servi à rien ? Certains n’arrêtent pas de brandir l’histoire de la forêt de Fontainebleau mais ne la protège en rien, défendant juste leur petit pré-carré. Ils occupent, comme des ventouses, toutes les commissions des labels, en les transformant en sable mouvant. Alors liberté individuelle de détruire, ou liberté collective de reconstruire ?
Mais Bonne nouvelle normalement, LA PLUIE DEVRAIT TOMBER PROGRESSIVEMENT A PARTIR DE MERCREDI SOIR. Mais pas dans des quantités monstrueuses. Bon apparemment pendant au moins une semaine. On pourrait donc espérer une réouverture du massif (hors zones brûlées), le lundi 24 août. Une fois que les sols auront été humidifiés. Il est légitime alors que le manque de forêt attire tout à coup une masse de visiteurs. Les riverains d’abord. Puis les autres, touristes et grimpeurs. Avec quelle approche ? Pour tous ceux qui grimpaient aux 3 Pignons ils seront tentés de se rendre dans les autres sites : Franchard isatis et Cuisinière, Rocher Canon, Apremont en secteur non incendié, BOURRON MARLOTTE ou quelques secteurs nord des Trois Pignons. La nouvelle sera connue rapidement à travers la toile internet. Le phénomène de dégradation pourrait s’intensifier dans ces secteurs. L’idéal serait de lancer une campagne de sensibilisation avant la réouverture. En mettant en très gros plan, la fragilité extrême des écosystèmes restant en place et en exigeant le plus grand respect des sites de blocs. On verra si des précautions sont prises.
En conclusion et je le martèle. Pourquoi nous intervenons ? Ce n’est pas par plaisir. C’est juste pour enfoncer le clou, mais à propos de tous les consommateurs du massif. Qu’allez vous faire pour que cette forêt qu’apparemment tout le monde adore, ne devienne pas un simple parc d’attractions ? On ne prend pas le pari, qu’après la réouverture du massif, l’émotion cédera à l’oubli, lentement, mais rapidement.
Pascal Villebeuf
Pdt de Sauvez la forêt de Fontainebleau
Vice-pdt de la fédération de défense des Forêts d’Ile de France
Vice-pdt de la fédération des associations de défense de la vallée de la Seine (77)
Naturaliste