Sauvez la forêt de Fontainebleau
Quelle place occupe le châtaignier, ce très bel arbre de biodiversité dans le massif de Fontainebleau ? Peu de place. Mais apparemment son peuplement se maintien, même si les gros châtaigniers se font rares dans le massif. Traditionnellement, de nombreux riverains vont cueillir des châtaignes à l’automne en forêt, vers Avon, Veneux, Arbonne ou dans le Coquibus, au dessus de Milly la Forêt. Mais au fil du temps, il semble que les forestiers coupent les plus beaux spécimens. Et les gros châtaigniers, élancés, élégants et massifs, se raréfient. D’après l’ONF pourtant, sa présence est stable. A l’inventaire 2014, il représentait 2,87% du capital de la futaie Bellifontaine. Dix ans plus tard, son taux serait de 3% Mais le réchauffement climatique et les maladies qui l’accompagnent le menace fortement.
Le châtaignier serait une essence bien adaptée à la sécheresse et aux sols sableux. Mais dans le même temps, il constitue l’essence la plus fragile, face aux problèmes sanitaires (bactéries, champignons). Voilà, historiquement quelques notions de l’évolution de ces maladies. Et notamment la maladie de l’encre.
Cette maladie a fait des dégâts considérables dans la châtaigneraie française entre la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle. Puis elle est restée « silencieuse » pour réapparaître dans les années 1990-2000 dans les régions soumises au climat atlantique. On constate un développement de cette maladie en Ile-de-France depuis le début des années 2010, en raison de printemps humides qui ont engorgé les terrains favorisant la multiplication et le déplacement du pathogène dans le sol. Cette maladie concerne toutes les châtaigneraies du nord-ouest de la France. Et notamment en Ile de France dans les forêts de Montmorency, Meudon,, Marly, Malmaison ou La Grange et Marly. Il suffit de regarder les cartes analytiques pour s’apercevoir du désastre causé par la maladie de l’encre et l’inconvénient majeur des implantations passées de peuplement en monoculture de châtaigniers. Quand on sait qu’à Montmorency, c’est 70% du massif qui est constitué de Châtaigniers, on comprend la colère des riverains qui voient les coupe-rases sanitaires s’accumuler, réduisant leur forêt à de vastes champs d’expérimentations en replantation. Sans même savoir si cela permettra de régénérer rapidement les déserts créés. Avec ou sans plantation, il faudra 2 siècles pour recréer une vraie forêt avec sa biodiversité. Mais pour l’instant, quelle autre solution. Les associations de défenses locales, comme à Montmorency affirment haut et fort que l’ONF coupe trop d’arbres sains. Mais à plus ou moins long terme, tout le peuplement est menacé (voir carte). Et commercialement, un arbre sain a encore une certaine valeur sur le marché. De plus, pour l’instant, il n’existe aucune technique ou aucun remède chimique pour lutter contre la maladie de l’encre.
Lors des martelages, à Fontainebleau, quand le châtaignier est minoritaire, il est généralement moins atteint (il est moins facilement « trouvable » par les pathogènes). Les forestiers l’encouragent comme composante du mélange d’essences. Quand le châtaignier est majoritaire voire monospécifique, on constate presque toujours des difficultés sanitaires. On favorise alors les autres essences du peuplement et les châtaigniers sains. Dans des peuplements où le dépérissement est très avancé, par exemple sur le secteur de Sucremont (Trois Pignons) une réflexion est en cours pour diversifier le peuplement par plantations en plateaux.
Pascal Villebeuf
pdt de sauvez la forêt de Fontainebleau
Vice-pdt de la fédération de défense des forêts d’Ile de France
contact : sauvezlaforêtdefontainebleau2022@yahoo.com